La pédagogie de l’adaptation

Si vous lisez cet article, sans doute, partagez-vous avec moi la conviction profonde que l’éducation et l’apprentissage sont des piliers centraux de l’humanité. Qui s’intéresse de près à ces questions-là, s’est, un jour ou l’autre je l’espère, posé la question de la pédagogie.

La science de l’éducation est un vaste sujet, passionnant puisqu’il touche à des disciplines aussi diverses que variées : psychologie, neurosciences, sociologie, biologie…

Les constats des difficultés de notre système éducatif à atteindre ses objectifs, notamment celui de réduire les inégalités, ainsi que nos piètres résultats aux enquêtes PISA nous poussent à nous interroger toujours davantage sur nos méthodes pédagogiques. Le manque d’apprentissage, l’ennui, l’absentéisme, le décrochage sont autant d’ennemis à combattre… A grands coups de baguette pédagogique ?

De la réforme des rythmes scolaires aux écoles Montessori, de la classe inversée aux MOOC, chacun cherche à imposer sa méthode magique pour permettre à tous d’apprendre mieux. Partout, l’ « innovation pédagogie » semble se rependre… dans les discours au moins.

Mais cette multitude d’acteurs se revendiquant de tel ou tel courant pédagogique ne doit pas nous faire perdre de vue l’essentiel, le fondamental : la pédagogie est avant tout une question d’adaptation !

Si la formule magique de la pédagogie existait, probablement qu’elle aurait déjà été trouvée et qu’elle serait appliquée partout. Mais malheureusement ce n’est pas le cas… Rousseau, Dewey, Montessori, Piaget & consorts ne sont pas près de voir leurs multiples contentieux se régler.

Être pédagogue aujourd’hui, c’est savoir rendre compréhensible et accessible une information afin qu’elle puisse être assimilée par l’apprenant. Mais c’est également être capable de gérer les flux d’attention et d’intéresser les apprenants. Hélas, cela dépend de trop de facteurs pour qu’une seule et unique méthode puisse correspondre à toutes les situations. Voici quelques-uns des facteurs qui peuvent influencer l’efficacité d’une méthode pédagogique.

 

1 – Le public

La pédagogie est un dialogue avant d’être un one-(wo)man-show. Le public que le pédagogue a en face de lui influence directement l’efficacité des méthodes pédagogiques.

L’âge, le niveau d’étude, la confiance en soi, le rapport à l’éducation sont autant d’aspects qui influencent directement l’efficacité ou non d’une méthode.

Certains sont très réceptifs à l’apprentissage en groupe, d’autres se montrent plus efficaces lorsqu’ils sont livrés à eux-mêmes. Certains sont à l’aise avec le numérique, d’autres y sont complètement étrangers. Certains sont déjà très à l’aise avec un sujet, d’autres n’ont absolument pas les bases.

Difficile d’imaginer une pédagogie très numérique avec des personnes en difficulté avec la technologie par exemple…

L’âge, le niveau d’étude, la confiance en soi, le rapport à l’éducation sont autant d’aspects qui influencent directement l’efficacité ou non d’une méthode.

 

2 – Le contenu de l’apprentissage

Tous les apprentissages ne réagissent pas de la même façon vis-à-vis d’une méthode pédagogique donnée. Certains apprentissages se prêtent davantage à la pratique là où d’autres répondront mieux à une logique de « par-cœur ».

Par exemple, des études1)Chandler & Tricot, 2015 montrent que la manipulation dans l’apprentissage se révèle être une solution plutôt efficace afin d’acquérir un savoir-faire moteur, et perd en efficacité quand ce n’est pas le cas.

 

3 – L’heure de la journée

Et oui, être pédagogue, ce n’est pas qu’une question de méthode, c’est également une question biologique. Le corps humain respecte des cycles qui influencent nécessairement sa capacité à apprendre.

Le bon pédagogue doit savoir être à l’écoute des apprenants en face de lui, afin de gagner en efficacité dans sa démarche pédagogique.

Nous n’apprenons pas de la même façon à 8 heures du matin et à 20 heures le soir… Les phases de digestion nécessitent une énergie précieuse qui ne peut pas être réutilisée pour l’apprentissage, donc les méthodes ne peuvent pas être les mêmes que celles utilisées lorsque toute l’énergie converge vers le seul but d’apprendre.

 

4 – Le repos

Le sommeil, et la qualité de celui-ci, jouent un rôle fondamental dans l’apprentissage. Celui qui dort mal, apprend peu, le résumé est aussi simple que ça. La question peut se poser alors, de la densité de l’apprentissage et de l’adaptation de celle-ci.

Exactement de la même façon qu’un sportif ne peut pas se permettre de faire des séances hyper-intenses tous les jours, le pédagogue doit savoir adapter le rythme de ses apprentissages et y intégrer du repos. Il est du devoir du pédagogue d’être capable de moduler ses formations pour s’adapter à l’état de fatigue des apprenants. Une des formations qui m’a le plus marqué a commencé par une séance de méditation pour permettre à chacun de se libérer l’esprit et de pouvoir recevoir les informations à acquérir.


 

Voilà quatre éléments qui soulignent l’importance de l’adaptabilité du pédagogue. Il aurait pu y en avoir beaucoup d’autres : le niveau de stress, la météo, le nombre d’apprenants…

Le bon pédagogue est un couteau suisse avant tout. S’il vient avec une seule et unique méthode pédagogique, il a de fortes chances de faire face à un échec cuisant dans la poursuite de ses objectifs pédagogiques.

Au contraire, comme le caméléon, il est capable d’observer et de s’adapter à chaque situation en sortant de son sac la bonne méthode, au bon moment. Difficile besogne ? Certes, mais personne n’a dit que la pédagogie était un domaine facile. Et pour paraphraser un film célèbre : « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ». L’inverse est vrai également, et la pédagogie est par-dessus tout une grande responsabilité.

References   [ + ]

1. Chandler & Tricot, 2015

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